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Rencontres

Amine Benmakhlouf : « Les résultats actuels du tennis africain sont encourageants ! »

En marge du tournoi ITF/CAF des moins de 18 ans de Marrakech, Amine Benmakhlouf, Directeur du Centre ITF Afrique nous a accordé un peu de son précieux temps pour dresser le portrait du Centre ainsi que pour nous donner son avis sur l’état du tennis africain et plus particulièrement du tennis marocain.

Mehdi Daouki : Bonjour Amine, peux-tu nous présenter le fonctionnement du centre ITF Afrique ?

Amine Benmakhlouf : Tout jeune qui intègre le centre se voit attribuer des objectifs, que l’on utilise comme indicateurs de performances, aussi bien locaux que mondiaux.

Selon les indicateurs obtenus lors des Championnats d’Afrique Junior, on établit trois équipes différentes pour individualiser le suivi. Le premier groupe ira sur des tournées de Grand Chelem ITF Junior. Le deuxième groupe fera une tournée européenne sur des tournois de grade 2 tout en alternant des ITF grade 2 ou 1 en Afrique alors que le troisième groupe restera en Afrique du Nord sur des tournois de grade 3, 4 ou 5.

Aussi, nous avons un véritable but extra-sportif, un but scolaire ! Si l’enfant, autour de 18 ans, atteint des critères internationaux, c’est-à-dire un classement ITF Junior Top 20 ou mieux, notre rôle sera de l’accompagner vers une carrière de sportif professionnel car nous jugeons que ces classements juniors peuvent permettre la réalisation de cet objectif. Dans ce cas, nous nous soucierons principalement de l’accompagnement financier et de la structure professionnelle à implémenter autour de lui. La tâche nous est facilitée par le récent lancement d’une Bourse de Développement du Grand Chelem allant jusqu’à 25.000$ par an pour chaque meilleur joueur de son continent. Cependant, pour ceux qui n’atteignent malheureusement pas ces standards internationaux, notre rôle ne s’arrête pas là. En effet, nous accompagnons ces jeunes dans le choix d’une bonne université américaine qui nous permettra d’allier le parcours académique et les entraînements de tennis, et ce avec des head coachs d’universités américaines avec qui nous faisons le suivi des joueurs issus des Centres ITF. Durant sa scolarité, nous suivons l’évolution du classement en championnat universitaire et nous proposons aux meilleurs d’entre eux des tournées en compétitions professionnelles durant les vacances scolaires.

Mehdi Daouki : Quel est selon toi l’état actuel du tennis africain ? Comment a-t-il évolué sur ces dernières années ?

Amine Benmakhlouf : Actuellement, les Kevin Anderson, Malek Jaziri chez les hommes et Ons Jabeur chez les femmes représentent le tennis africain au plus haut niveau tandis que d’autres jeunes arrivent petit à petit et tapent à la porte du Top 200. En termes de ratio entre ce que l’on propose sur les circuits professionnels et les résultats, c’est plutôt bien et encourageant pour la suite. Cependant, cela ne représente qu’une petite partie du tennis africain et il reste donc difficile de se comparer à d’autres nations d’un point de vue plus global. Ici en Afrique, tu ne trouveras qu’environ 80 jeunes ayant un vrai projet tennis, c’est-à-dire qui veulent faire du tennis leur métier, or si tu vas dans une ville comme Barcelone, tu en trouveras 5.000. Il y a un vrai travail à faire du côté de l’ITF pour développer le tennis de masse en Afrique. D’ailleurs l’ITF a récemment créé deux pôles allant dans ce sens : un pôle Organisation des évènements, les Centres ITF et les Centres Nationaux et un pôle Tennis de masse et formation des entraîneurs. Pas mal de projet sont en cours comme le développement du tennis au niveau des établissements scolaires et la mise en place d’un programme de formation en continu labélisé.

« On a tous intérêt à répondre au changement comportemental que subissent nos sociétés, car ce changement s’applique aussi au tennis africain. »

Mehdi Daouki : Donc si je comprends bien, si le tennis africain ne fournit que peu de champions, c’est parce qu’il y a très peu de licenciés et de projets…

Amine Benmakhlouf : Tout à fait, nous n’avons pas autant de champion parce que nous avons peu de structures. Si on prend le cas du Maroc, on ne répond pas aux attentes réelles de tout le monde.

Je m’explique, le parcours traditionnel d’un joueur de tennis de haut niveau est le suivant : d’abord il fait partie de l’école de tennis et prend des cours individuels, ensuite il se place parmi l’élite du club pour participer à toutes les compétitions individuelles et par équipe junior et enfin il intègre l’équipe nationale, idéalement avant 14 ans. Vient alors la classe du brevet et le choix entre études et tennis. Après le bac, le joueur et ses parents s’orienter alors vers l’Europe ou les Etats-Unis. Si c’est l’Europe, plus de 50% abandonnent le tennis pour se consacrer aux études. S’ils choisissent les États-Unis, on aura une petite chance de le revoir jouer ici pendant les vacances scolaires. Il faut savoir que l’on perd des jeunes au moindre échec pendant ces étapes, tout simplement parce qu’on formate joueurs comme parents sur cet unique parcours.

En Europe, par exemple, la base c’est le tennis loisir (être sportif d’abord) et au fur et à mesure que l’enfant évolue on lui trouve des solutions. S’il joue bien et veut plus d’attention il pourra s’orienter vers son club, une structure fédérale ou des académies privées. Des partenariats sont fréquents avec une section sportive et horaires aménagés, et toujours une possibilité de retourner à un système d’études classiques. L’enfant est toujours rassuré dans son évolution. Si le désir de l’enfant est d’être compétiteur, le club lui met en place des programmes de compétitions nationales et internationales. Je pense qu’il faudrait implanter ici au Maroc des académies privées qui offrent beaucoup de produits. C’est d’ailleurs comme ça que le tennis sud-africain s’était par exemple développé, et la Fédération Sud-Africaine est venue en renfort en mettant en place trois centres nationaux couvrant tout le pays.

Regardons aussi ce qui se fait en Égypte. Là-bas, ce sont les clubs qui se sont structurés de manière à pouvoir accompagner les meilleurs jeunes en leur fournissant notamment des entraineurs grâce aux cotisations des parents, ainsi la Fédération Égyptienne de Tennis se retrouve avec un bon vivier de jeunes et accompagne l’élite des clubs.

Au Maroc, il y a le Centre ITF qui offre le Tennis-Études à 8 joueurs Marocains, un Programme Sportif Individuel initié par la FRMT, des clubs imprégnés par la culture de l’entraînement de club pour les moins de 18 ans, mais on gagnerait tous à voir d’autres jeunes tenter l’aventure dans des académies privées qui offrent des entraineurs personnels de qualité. J’ai pris le cas du Maroc, de l’Afrique du Sud et de l’Égypte, pour vous dire que ces pays cherchent à s’adapter à la réalité du terrain, c’est le cas de tous les pays du continent Africain. Malheureusement, ce n’est pas assez rapide. Est-ce par peur du changement ? Par manque de connaissances ? En tout cas, on a tous intérêt à répondre au changement comportemental que subissent nos sociétés, car ce changement s’applique aussi au tennis africain.

Combien de clubs organisent des entraînements pour adultes ? Combien de clubs organisent des entraînements en famille ? Combien de clubs organisent des entraînements adultes compétition ? Combien de clubs offrent du Cardio-Tennis ou CrossFit®-Tennis ? Si la réponse se compte sur le bout des doigts, nous ne pourrons jamais avoir une culture sportive familiale pour encourager notre progéniture à jouer à haut niveau.

Mehdi Daouki : Quel est selon toi le niveau du coaching au Maroc ?

Amine Benmakhlouf : La fédération accompagne annuellement des entraineurs avec des projets de formations en amenant des cadres expérimentés, mais là encore combien d’entraîneurs accompagnent son ou ses joueurs en compétitions internationales ? Combien d’entraîneurs assistent à des congrès internationaux ou l’on parle des dernières recherches sur le tennis ?

Si on prend l’exemple de l’Argentine, les coaches ont toujours beaucoup voyagé sur le circuit. Résultat : une collecte d’informations considérable a permis la mise en place d’un bon système de formation des entraîneurs, basé sur la théorie et le vécu. L’Argentine est aujourd’hui l’une des nations qui fournit le plus de coach professionnel.

Il y a aussi un problème   d’acceptation  entre   les   coaches  marocains.   Ils   viennent  tous d’horizons différents : ceux qui sont issus des formations nationales, ceux qui sont passés par la France, les États-Unis ou les formations ITF… Cela ne veut pas dire qu’il y a forcément une différence de niveau, mais plutôt une différence de culture, et elle doit être acceptée ; chacun peut apporter son expérience et sa vision. Personne ne détient la science infuse, ni au Maroc ni ailleurs, et il y a un besoin constant d’être à l’écoute des autres pour pouvoir faire avancer les choses, surtout dans le tennis africain et marocain. Ceux qui n’acceptent pas cette évolution doivent comprendre qu’on ne fera que du sur place.

Mehdi Daouki : Tu as mentionné tout à l’heure l’importance des parents et c’est un sujet qui me tient à cœur. Comment le Centre ITF Afrique fonctionne-t-il avec les parents ?

Amine Benmakhlouf : Il y a des sacrifices à faire et des décisions importantes à prendre quand on est un parent ou un jeune aspirant à devenir professionnel, nous ne pouvons donc pas fermer la porte aux parents. Le dialogue est ouvert au maximum et une relation de confiance et de vérité se met en place. Le centre étant financé en grande partie par l’ITF, la CAT, les Fédérations Nationales et la FRMT, nous obligent à rendre compte à ses institutions et d’avoir une discussion franche avec les parents.

Nous nous approchons de la période des examens et des grands tournois jeune, le dialogue sera d’autant plus important et ce sera à nous d’être le plus à l’écoute possible des parents. Mais paradoxalement l’un de nos challenges au sein du centre, et qui est encore plus difficile ici, c’est d’apporter de l’autonomie au jeune sportif pour faciliter et accélérer son développement. Développer la personne passe avant même le tennis.

Mehdi Daouki : Pour finir, le Maroc a compté dans ses rangs 3 grands joueurs, es-tu en contacts avec eux ?

Amine Benmakhlouf : Oui nous sommes en contact. Hicham, Karim et Younes connaissent le centre, il nous est aussi arrivé de demander leur avis sur certains jeunes.

Merci beaucoup de nous avoir accordé de ton temps, et bonne continuation à toi.

Amine Benmakhlouf : « Les résultats actuels du tennis africain sont encourageants ! »

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