Learn to win

Coaches under pressure

Si l’on entend beaucoup parler de la pression chez le joueur et de la difficulté à la gérer, la pression que peut ressentir le coach est un sujet bien moins souvent abordé. Pourtant, dans le cadre d’un projet de haut-niveau avec des enjeux forts qui dépassent le cadre sportif, celle-ci est véritablement présente. Je pense qu’il est normal de ressentir de la pression lorsque l’on se voit confié un joueur de qualité; la difficulté réside alors dans le fait de ressentir de la « bonne » pression.
Dans un premier temps, nous nous interrogerons sur les facteurs qui engendrent de la pression, et en constaterons les conséquences. Dans un second temps, nous verrons les outils dont nous disposons pour éviter les pressions néfastes et établir une relation saine au service de la performance.

La pression financière

Avoir l’ambition de faire une carrière professionnelle nécessite d’importants investissements financiers des parents ou des fédérations, notamment pour la rémunération du coach. Sur le circuit, ce sont les joueurs qui payent leur staff. De ce fait, la pression financière peut entraîner une pression de résultat. Les personnes ou les structures qui payent le coach attendent, impatiemment, un « retour sur investissement », et il est malheureusement fréquent de voir certaines relations prendre fin lorsque les victoires ne sont pas au rendez-vous…
Cette forme de pression peut créer une peur : celle de perdre son emploi. Dès lors que le coach a peur, il lui devient, selon moi, impossible de bien travailler, d’être productif. Il arrive parfois que certains refusent de dire à leur joueur ce qu’ils pensent vraiment, par crainte de se faire remercier. Le binôme entre alors dans une spirale infructueuse et l’échec apparaît inévitable.

La pression vis à vis du joueur

Le coach peut également ressentir une pression qui émane directement du joueur, au travers par exemple d’un fort caractère, difficile à gérer. Travailler avec un joueur qui remet systématiquement en cause les décisions prises prend beaucoup d’énergie, au même titre qu’un joueur très talentueux qui doute sans cesse de lui même.
Un autre facteur à mentionner dans cette partie est le fait que beaucoup de joueurs professionnels sont très sensibles à l’image renvoyée par leur coach, son passé en tant que joueur, son apparence, sa médiatisation, etc. Les jeunes coaches sans trop d’expérience, sans passé prestigieux, ont donc plutôt intérêt à s’accrocher et à travailler dur s’ils veulent avoir une chance d’intégrer le milieu. Un bon joueur est il forcément un bon coach ?

La pression médiatique

Lorsque le joueur enchaîne les défaites, la crédibilité du coach peut être très vite mise en cause, vivement critiquée. Aussi, la pression médiatique peut se faire sentir lorsque les journalistes propulsent le joueur sur le devant de la scène, notamment à l’approche des grands rendez-vous, Roland Garros par exemple. Cette pression mise sur les épaules du joueur peut alors rejaillir sur celles de son entraineur.

Les outils : soigner la relation avec le joueur et avec son entourage

Le haut-niveau est une course dans laquelle il faut gagner vite et souvent. Le problème est que les joueurs et leur entourage sont souvent impatients quant à l’obtention de résultats. Etablir une relation de confiance avec eux est primordiale, car cela permet d’éviter les non-dits et les sujets tabous, à l’instar de la question financière dont nous parlions plus haut. Cela passe par la discussion et la fixation d’objectifs à court, moyen et long terme, main dans la main. Gilles Cervara, l’entraîneur de Daniil Medvedev nous parlait d’être « calibré à son joueur » (lien vers l’article). Il me semble également important de faire appel à des intervenants extérieurs, notamment pour aborder l’aspect mental et faire sauter certains verrous.
Bien identifier, bien connaître les différents acteurs du projet et poser un cadre précis permet d’être au clair et d’avancer sereinement avec le joueur et son entourage. 

Prendre du recul : tout est dans le timing

J’ai fait mes premiers pas en tant que coach sur le circuit professionnel assez jeune, et il est certain que l’impatience due à mon manque d’expérience et mon incompréhension face à certains comportements m’ont fait commettre des erreurs. Au fil de mes discussions avec les meilleurs coaches du grand circuit, je me suis rendu compte que la patience est la clé du succès.
Avec eux, le cadre est posé avec le joueur et l’entourage, la relation est stable, et tout n’est pas dit n’importe quand et n’importe comment. C’est une question de timing. Il est parfois nécessaire de laisser le joueur apprendre par lui même et de le laisser aller dans le mur. Parfois, un échec permet de progresser plus rapidement. Toute la difficulté du coaching réside dans le fait de prendre les bonnes décisions au bon moment. Quoi qu’il en soit, j’ai senti en ces coaches une forme de tranquillité. Je les sentais sûrs de leurs choix, et la stabilité de la relation avec leur joueur leur permettait de prendre les choses avec du recul. Alors que certains coaches refuseront de dire à leur joueur ce qui ne va pas de peur de perdre leur emploi ou de mettre en péril leur relation, ceux-ci ne diront pas ce qu’ils pensent uniquement car ils estiment que cela n’est pas le moment. Cela fait toute la différence. 

Le métier de coach de haut-niveau peut s’avérer très difficile, ingrat, aléatoire. S’attaquer au circuit professionnel n’est pas chose aisée, et un monde sépare le circuit junior, les 15 000 dollars et les tournois de très haut niveau. Les relations humaines y sont différentes, il y a des agents, de l’argent, et la part de rêve que cela comporte pousse parfois certains coaches à accepter des salaires très bas et à ne pas trop contrarier leurs joueurs pour y garder leur place.
Le métier de coach nécessiterait selon moi encore davantage de professionnalisme, car on peut vite se perdre. Le succès se bâtit sur la solidité de la relation avec le joueur et son entourage, et je suis convaincu que cette union forte permet au coach d’évacuer les pressions néfastes que nous avons abordé. Il ne ressent alors plus que de la « bonne » pression, celle de devoir faire correctement son métier, patiemment, avec du recul, et sans tabous. Avoir peur de dire les choses, c’est troquer son statut de coach pour celui de porteur de sac.

Article co-écrit par Mehdi Daouki et Tom Ackroyd

Coaches under pressure

Les + lus

Mehdi Daouki Coaching Blog - Learn To Win. Des conseils et des méthodes pratiques pour de meilleurs résultats.

Copyright © 2020, Mehdi Daouki Coaching Blog

To Top
Newsletter
Souhaitez-vous recevoir nos derniers articles ?
Fermer la fenêtre
Download Premium Magento Themes Free | download premium wordpress themes free | giay nam dep | giay luoi nam | giay nam cong so | giay cao got nu | giay the thao nu