Mehdi Daouki Lionel Picord
Rencontres

Interview de Lionel Picord : « Une chose est sûre, le potentiel marocain est immense ! »

Septuple Champion du Monde de Full Contact, Lionel Picord qui a aujourd’hui quitté la France pour le Maroc, a rencontré le Coach Daouki. Un entretien plein d’enseignements où Lionel a abordé avec nous de nombreux thèmes comme sa carrière sportive, sa reconversion mais aussi l’importance de la préparation mentale ou encore les affinités qui lient le tennis et la boxe.

Mehdi Daouki : Où as-tu grandi ?

Lionel Picord : J’ai grandi à coté de Saint Denis dans le 93, à Épinay, petite banlieue sympa, j’y suis resté 22 ans ! Et c’est là-bas que j’ai commencé à pratiquer les arts martiaux, d’abord le judo puis ensuite le kung-fu et le Viet Vo Dao.

Mehdi Daouki : Comment se fait-il que tu te sois orienté vers les arts martiaux ?

Lionel Picord : J’ai regardé Van Damme (rires…) ! Plus sérieusement, quand j’étais petit mon père était fan de Bruce Lee, mais secrètement ! Et dès que je ramenais des bonnes notes, il m’emmenait au vidéo club et on louait un film. Ces films m’ont traumatisé, mais dans le bon sens, Bruce Lee était un génie qui avait 30 ans d’avance !

A l’époque, les gars de cité étaient tous dans leur période basket, mais moi je me suis tout de suite orienté vers les arts martiaux, seul donc, et encouragé par mon père ! D’abord le kung-fu traditionnel, très visuel, esthétique, avec très peu de coups, mais qui demande une condition physique irréprochable et ensuite, j’ai enchainé avec le Viet Vo Dao, beaucoup plus physique et technique notamment.

Mehdi Daouki : Et ces disciplines t’ont apporté quelque chose pour la boxe ? Car ce sont des sports plutôt éloignés et c’est pourtant en boxe que tu t’es illustré !

Lionel Picord : C’est une très bonne question ! Aujourd’hui, certains disent que les arts martiaux traditionnels ne servent plus à rien, que c’est surtout la boxe, la MMA et le combat au sol qui marchent. Moi avec du recul, je suis persuadé que sans ces arts martiaux traditionnels, je n’aurais pas eu cette carrière. Quand tu regardes ma technique, j’arrivais à être très relâché, même dans les phases dures, et à garder une respiration fluide, et ça c’est grâce aux arts martiaux traditionnels.

Regarde aujourd’hui un Lomachenko (NDLR. Boxeur ukrainien), il a eu une belle carrière en amateur et en pro aujourd’hui il tue tout le monde (sic). C’est un petit poids, mais il est électrique, ultra rapide ! C’est un chat. Et ça, ça vient des arts martiaux.

« En France on a un gros problème avec la préparation mentale, il y a un décalage quasi systématique entre ce que les sportifs peuvent faire et ce qu’ils font vraiment »

Mehdi Daouki : Pour revenir sur ta carrière, comment s’est passée ta reconversion à partir du moment où tu as décidé de t’arrêter ?

Lionel Picord : Ça a été compliqué de prendre la décision d’arrêter alors que tout me réussissait encore. J’arrête à 36-37 ans, c’est tard pour un boxeur certes, mais il ne faut pas oublier que je suis venu à la boxe sur le tard et que mon style de boxe me permettait de durer. Pendant 1 an, avant d’officiellement arrêter, je me suis occupé de deux ou trois gars qui étaient en manque de confiance, je me suis occupé de leur préparation mentale.

Mehdi Daouki : Et d’ailleurs aujourd’hui, dans tes activités tu proposes de la préparation mentale, c’est ça ?

Lionel Picord : Oui c’est ça, en plus du loisir, j’essaye de m’occuper de beaucoup de jeunes, amateurs comme compétiteurs. Là par exemple, j’ai travaillé avec un compétiteur qui se préparait pour un combat de MMA au Japon, j’ai travaillé non seulement sur la technique notamment de boxe anglaise mais aussi sur l’approche mentale du combat. De ce que j’ai pu vivre, nous avons en France un problème avec cette préparation mentale, il y a un décalage quasi systématique entre ce que les gars sont capables de faire et ce qu’ils font en combat.

Mehdi Daouki : Aujourd’hui, quelles nations dominent la boxe ?

Lionel Picord : Chez les amateurs, du point de vue technique, ce sont les cubains. Mais plus globalement, ces sont les pays sud-américains, mais aussi d’autres nations comme le Kazakhstan, l’Ukraine ou la Russie. Je pense que ce sont les sociétés de ces pays qui créent aussi la performance, ce sont des sociétés dures, et ça se sent sur le ring, les mecs en veulent. Une petite anecdote d’ailleurs, quand je suis rentré Équipe de France de full-contact, certains gars, très forts, qui se transformaient à cause de la peur quand ils savaient qu’en compétition ils allaient affronter des Russes ou des Ukrainiens. Mauvaise préparation mentale !

Mehdi Daouki : Tu es au Maroc depuis 4 ans, as-tu eu le temps de te faire une idée sur la culture sportive du pays ?

Lionel Picord : Ici les gens adorent le sport, c’est une certitude, alors qu’on m’avait assuré le contraire avant que j’arrive. Où que tu sois, même en période de Ramadan, tu vois tous les jours des personnes courir ou des jeunes jouer au foot.

Il y a un potentiel énorme ici pour moi, et dans tous les sports. Niveau boxe, il y a plusieurs clubs qui se créent, c’est une vraie avancée. Malheureusement je pense qu’on ne reverra plus d’athlètes comme Hicham El Guerrouj, les jeunes se dirigent désormais vers des sports qui permettent de gagner de l’argent, comme le football.

Cependant, ce qu’il manque indéniablement ici, ce sont les infrastructures, mais aussi le manque de suivi des athlètes dans leur quotidien, en compétition… Il faudrait, et c’est ce que j’essaye de mettre en place, faire des échanges avec des athlètes de pays plus développés de ce point de vue. Mais une chose est sûre, le potentiel sportif marocain est immense !

Mehdi Daouki Lionel Picord

Mehdi Daouki : En quelques mots, qu’est ce qui fait qu’un boxeur est un champion ? 

Lionel Picord : Dans la boxe, les champions ont un grain de folie ! Ce sont des gens un peu différents en fait. Les grands boxeurs sont aussi très humbles. Attention, c’est compliqué car ça demande énormément de savoir encaisser des coups, physiquement comme mentalement. Et en France on ne nous apprend pas à dire « je suis le meilleur » car on est catégorisé comme un gars qui a la grosse tête, alors qu’aux États-Unis c’est presque la base de la préparation mentale.

Le meilleur exemple c’est Tony Yoka, regarde l’opinion publique depuis qu’il est revenu des USA. En France on est des jaloux. Mais lui il est parti, et il a eu raison. En France dès que tu as gagné quelque chose on te lâche plus, et on tue des carrières ! Regarde le nombre de « nouveaux Zidane » qu’on a eu en Équipe de France alors que les mecs débutaient ! On leur a mis une pression de dingue plutôt que de les accompagner, et on ne les a jamais revus !

Mehdi Daouki : Pour revenir à ton activité, tu organises des Boot Camp, où tu insistes notamment sur le mental. Est-ce que tu peux nous expliquer comment tu fonctionnes de ce point de vue-là ?

Lionel Picord : L’idée c’est de faire des grosses sessions le soir quand il fait beau et que la température a baissé. C’est ouvert à tout le monde, on travaille en groupe, un peu comme à l’armée sur le principe qu’on est tous ensemble et que personne ne lâche, et le but est simple : le dépassement de soi !

Mehdi Daouki : Existe-t-il des similitudes entre le tennis et la boxe ?

Lionel Picord : Bien sûr ! Ce sont deux sports d’opposition. Au tennis tu n’envoies pas de droites, mais c’est un vrai face à face, en boxe tu dois encaisser les coups et au tennis tu dois encaisser les retours ! Il y a dans les deux sports un énorme aspect mental et analytique. Niveau analyse, il est aussi important au tennis qu’à la boxe d’accorder du temps à l’analyse comportemental de l’adversaire. Et ce qu’on disait sur le relâchement et le déplacement des boxeurs est aussi important pour les tennismen.

La préparation mentale est tellement important dans ces deux sports. Par exemple, mon dernier championnat du monde en Angleterre a été un combat psychologique incroyable. Quand je retournais dans mon coin, j’ai fini par voir qu’un membre du staff adverse m’observait pour voir si j’avais des coups de moins bien, si je fatiguais. Une fois que je l’ai capté, je suis rentré dans son jeu et je souriais pour ne rien laisser transparaitre. Et au tennis, tu me le confirmeras Mehdi, mais les grands joueurs sont capables d’avoir cette analyse !

Mehdi Daouki : Lionel, dernière question, quels sont tes projets pour l’avenir ?

Lionel Picord : Sur le long terme, j’aimerai développer plus le côté enfant. Avoir une véritable académie pour les enfants qui regrouperait boxe anglaise, boxe pieds poings et même d’autres sports comme l’escrime qui m’intéresse vraiment. Pourquoi pas aussi un pôle athlétisme car il y a un potentiel marocain énorme en athlétisme aussi.

Le but n’est d’ailleurs pas que sportif ou financier, je pense que ça pourrait aider socialement parlant ! On parlait de Cuba tout à l’heure, c’est exactement ce qu’a fait ce pays, le sport prend une grande place dans l’éducation des enfants. Regarde aussi ce qu’il s’est fait en 20 ans en athlétisme en Jamaïque, et c’est grâce à ça qu’ils ont sorti des talents incroyables comme Bolt. Et que ce soit Cuba ou la Jamaïque, on parle de tout petits pays, alors imagine ce qu’on pourrait faire au Maroc.

Merci beaucoup Lionel !

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