Rencontres

Laurence Cousin-Fouillat : “Quoi qu’il arrive, je savais que la défaite m’apporterait quelque chose”

Laurence est la première européenne à avoir été sacrée championne du monde de jujitsu brésilien, un art martial encore méconnu sur le vieux continent, et très fermé aux étrangers. Un vrai exploit ! Je l’ai rencontrée par l’intermédiaire du Docteur Jacques Badie. Cet homme n’est plus de ce monde mais j’aimerais lui rendre hommage : c’était un être exceptionnel, humain et bienveillant.
A l’époque, la joueuse que j’entrainais se questionnait sur l’instinct de survie, le fait de ne jamais baisser les bras, de rester combative quelle que soit la situation. Je cherchais alors quelqu’un qui l’aiderait à dépasser ces blocages et à trouver les ressources pour faire face à l’adversité. Nous nous sommes donc vus à Montparnasse et j’ai tout de suite compris que Laurence pourrait apporter beaucoup par son expérience du sport de haut-niveau et son vécu. La collaboration n’a malheureusement pas pu se faire, mais ce n’est que partie remise.
Par le biais de cet interview, j’avais envie de faire le lien entre son activité et le tennis, à travers son approche mentale et la notion de « combat ». Au fil des questions, vous découvrirez comment son acharnement, sa rigueur et son instinct lui ont permis d’atteindre le sommet de son art. Bonne lecture !

Mehdi Daouki : Laurence, tu enseignes dans ton académie avec ton mari. Quelle est votre philosophie ? Avez-vous des objectifs forts de résultats ?

Laurence Fouillat : On ne se fixe pas d’objectifs de résultats parce que l’on n’est pas assez compétitifs. Il y a un gros fossé entre les US et l’Europe. En 2006 – 2007, beaucoup de brésiliens sont partis aux Etats-Unis pour y ouvrir des académies. Le niveau y est extrêmement élevé. En Europe, on est à la ramasse, dépendant du domaine municipal pour les dojos par exemples. La priorité va au judo. On fonctionne à 2 ou 3 entrainements par semaine, alors que les américains font au moins 2 entrainements par jour. De plus, les européens connaissent peu cette discipline, et les combattants s’y mettent sur le tard, aux alentours de 20 – 25 ans. Il y a des plus jeunes, mais ce sont des enfants de pratiquants.

On est là avant tout pour se rassembler dans une ambiance familiale, de 14 à 62 ans. Les combattants loisir s’entrainent avec les compétiteurs. Nous dispensons des cours tous les soirs, et quelques uns le midi. On monte crescendo, le but est de développer le centre sans brûler les étapes. Voici l’adresse de mon site internet : http://acemat.weebly.com/

En tant qu’enseignante, je montre la direction. Mon mari Erwan et moi seront toujours là pour accompagner ceux qui suivront le chemin. Celui qui veut un petit détail technique supplémentaire, un conseil, repartira avec.
Par contre, je suis intransigeante avec ceux qui veulent faire de la compétition. Je veux des gens travailleurs. Le travail paie, je ne cesse de leur répéter. Cela peut prendre du temps, beaucoup de temps, mais le bonheur que la réussite engendre est indescriptible. « Entraine toi comme un esclave pour devenir un maître » est notre devise. Je veux aussi des combattants rigoureux. J’avais des rituels avant mes combats, et je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule en voyant jouer Rafael Nadal ! (rires). Cela me parait inimaginable d’arriver en compétition avec un sac incomplet par exemple. Cela fait partie de la préparation.

Mehdi Daouki : Justement, quelles étaient tes routines ?

Laurence Fouillat : L’échauffement commençait toujours par la même chose. C’était une façon de me mettre dans ma bulle, en mode combat. Généralement, je ne suis pas très agréable, on me l’a déjà reproché (rires). Il faut être capable de s’échauffer n’importe où car on n’a pas toujours un tatami à disposition. Quand j’ai eu des problèmes de dos, j’avais aussi une routine spécifique pour cette partie du corps. Enfin, je faisais mon sac la veille. Tout était placé au même endroit, toujours. Avant la préparation du sac, j’avais fait ma liste ! Bagages, etc. Pour moi, c’était une manière d’économiser de l’énergie une fois le moment du combat venu.

“Je reste foncièrement gentille dans la vie, mais pendant le combat c’est une autre histoire”

Mehdi Daouki : Avant d’être reconnue au Brésil, tu as subi de multiples injustices dans les combats face aux brésiliennes. Comment les as tu vécues ? Quelles ressources mentales as tu mobilisé pour y faire face et les dépasser ?

Laurence Fouillat : La première fois que cela m’est arrivé, j’ai été surprise. Je suis issue d’un milieu où tout le monde est beau et gentil et là, c’était la guerre ! J’étais et suis toujours considérée comme une « gringo ». J’allais régulièrement au Brésil car les gros tournois avaient lieu là bas. Nous étions peu d’étrangers, et rares étaient ceux qui parvenaient à rivaliser avec les brésiliens.
Bien sûr, perdre à cause d’une triche est toujours décevant, mais je n’ai pas cédé à la colère. Au contraire, cela m’a donné envie de m’entrainer encore davantage : je devais être nettement au dessus des brésiliennes pour qu’il n’y ait aucune discussion possible. Cela n’était pas gagné car le niveau était extrêmement élevé. Passer un tour aux championnats du monde en ceinture noire était un exploit pour les étrangers.

De retour en France, j’ai suivi un entrainement vraiment personnalisé. Mon coach avait vu que j’avais des facilités. Il y avait quelque chose à aller chercher. J’ai appris assez vite, et nous sommes retournés au Brésil. Plutôt que de disputer uniquement les championnats du monde, j’ai fait beaucoup de petits tournois, et, encore une fois, j’ai subi de la bonne triche bien comme il faut (rires). Cela ne m’a pas démoralisée pour autant, au contraire, j’étais encore plus motivée. Je n’étais pas une fille méchante, plutôt du style à me faire bousculer dans le métro et à dire pardon (rires). Je pense que le fait d’entrer dans ce milieu et de subir ces injustices a réveillé quelque chose en moi. Je reste foncièrement gentille dans la vie, mais pendant le combat c’est une autre histoire.

Tous les ans, les brésiliennes me voyaient débarquer à Sao Paolo, au point que je suis devenue la « francesa ». « Oh non pas elle ! » (rires). Le fait de rester avec des brésiliens a aussi pesé dans la balance. Ils ne pouvaient plus tricher comme ils le voulaient, et clairement, j’étais au dessus. Chaque voyage était une occasion d’emmagasiner un maximum d’expérience. Je combattais dans ma catégorie et en toutes catégories. J’étais une poids légère, j’affrontais des nanas beaucoup plus lourdes que moi, mais je m’en fichais. Quoi qu’il arrive, je savais que la défaite m’apporterait quelque chose. En combat, l’erreur ne pardonne pas. Il était hors de question pour moi d’avoir fait 10 000 km pour perdre au bout de deux minutes. Mentalement, cela fait travailler ! C’est humiliant de se prendre une clé ou de se faire étrangler. Certains combattants refusent la soumission au point de se faire casser le bras. Je ne suis jamais allée jusque là, mon but était de pouvoir retourner à l’entrainement (rires). 

Mehdi Daouki : Tu es une guerrière. Qu’est ce qui te différencie des autres combattantes ?

Laurence Fouillat : Je ne crois pas être différente des autres combattantes sur ce plan là. En revanche, j’ai fait confiance aux bonnes personnes et je les ai rencontrées au bon moment. J’étais capable de répéter la même chose longtemps, je ne râlais jamais, le coach me demandait de faire quelque chose, je le faisais. Mon premier entraineur m’en parle encore ! J’étais comme une manette de playstation, il suffisait d’appuyer sur triangle, carré, croix ou rond (rires).

“J’avais la soif de gagner”

Pour revenir à mon tempérament de guerrière, je crois qu’il est lié à la survie. Ce n’est jamais évident de subir un étranglement par exemple. Plusieurs fois, j’ai vu des petites étoiles ! Il y a deux types d’étranglement, le sanguin et le respiratoire. Le premier symptôme du sanguin, c’est les étoiles, ensuite, tu tombes dans les vapes. 

Mehdi Daouki : Comment as tu géré le passage d’outsider à leader ?

Laurence Fouillat : Dans ma tête, je me suis toujours placée en outsider, jamais en leader. Cela permet de se remettre en question. J’ai été sacrée championne du monde un dimanche, le mardi j’étais sur le tapis ! (rires). J’ai toujours été dans la conquête de quelque chose : j’avais la soif de gagner.

“Mon plus gros objectif n’était pas le titre de championne du monde, non. C’était cette nana là”

Mehdi Daouki : As tu toujours rêvé devenir championne du monde ?

Laurence Fouillat : Non. Je suis plutôt du genre à me fixer des objectifs à court terme. Je garde le long terme en point de mire mais, à mes débuts, un titre comme celui ci me paraissait très lointain, presque impossible. J’ai fonctionné par étapes, tournoi après tournoi. Chaque changement de ceinture était un nouveau challenge car tu redeviens petit parmi les grands. Chez les filles, les ceintures violettes, marrons et noires étaient mélangées. Très tôt, j’ai pu me confronter à l’élite en combattant des ceintures noires. Cela permet de se jauger, de voir le chemin qui reste à parcourir. Je suis tombée face à la brésilienne ceinture noire reconnue mondialement 7 mois après avoir acquis la ceinture violette. J’avais la trouille… j’ai perdu aux points mais je ne me suis pas sentie si ridicule que ça. A partir de là je me suis dit « toi, je vais te pister dans tous les tournois ». C’était en 2003. Pendant 4 ans, mon but a été de l’affronter. J’avais sa photo placardée dans ma chambre. En 2007, l’année de mon titre, je la bats en demi-finale. C’était mon combat, je l’ai étouffée techniquement et physiquement. Pour répondre à ta question, mon plus gros objectif n’était pas le titre de championne du monde, non. C’était cette nana là.

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Laurence Cousin-Fouillat : “Quoi qu’il arrive, je savais que la défaite m’apporterait quelque chose”

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